Je vais être honnête, pour une fois, sans virgule qui adoucit : je suis radin.
Pas économe. Pas prudent. Pas "attentif à ses finances". Radin.
Radin au point d'avoir négocié le prix d'un café avec un distributeur automatique. Il a gagné. Et j'ai même pas pu garder le ticket pour vérifier qu'il ne m'avait pas arnaqué de deux centimes.
Radin au point que, quand un pote propose de partager l'addition en deux, ma première pensée n'est pas "sympa", c'est "attends, j'ai pris quoi exactement, on refait le calcul".
Radin au point de gérer le trésor d'une MU avec la rigueur d'un distributeur de papier toilette dans des chiottes publiques : une ration par personne, personne ne prend plus que sa part, et si tu tires trop fort sur le rouleau, je le sais, j'ai un tableau de suivi.
La nuit, il m'arrive de parler au marché comme à un dieu capricieux. "Fais monter du lightammo de deux centimes, s'il te plaît. Je ne demande pas la lune." Le marché ne répond jamais. Ça ne m'empêche pas de revenir le lendemain, à la même heure, avec la même prière, et le même ton suppliant d'un mec qui a perdu le contrôle de la situation mais qui refuse de l'admettre à voix haute.
On me dit parfois : "c'est pour la bonne cause, l'argent doit circuler". Je réponds : circuler, oui. Sortir de ma poche, non.
Je ne suis pas radin par manque de cœur. Je suis radin parce qu'un jour quelqu'un m'a dit que chaque centime compte, et je l'ai cru un peu trop fort, un peu trop longtemps. Maintenant je rouvre un tableur à minuit pour retrouver 30 centimes qui manquent sur un ordre vieux de trois jours. Pas par nécessité. Par principe. Un sale principe, mais un principe.
Voilà. C'est dit. Je suis radin.
Et si vous me devez de l'argent : je m'en souviens. Précisément. Avec la date.
— Csvop-de-Funès ex MINistre de l'Economie et des FInances